HISTOIRE DES CHATEAUX ET DU VIEUX LOGIS
L'ancien château
1 - Régime
Après les puissants comtes de Mortain et de Chester, les plus grands seigneurs de la région étaient les évêques et les barons d'Avranches. La baronnie d'Avranches comprenait les anciennes baronnies de Ponts et du Parc et s'étendait sur trente paroisses, elle renfermait entre autres, le château du Parc, les fiefs de Braffais, de Plomb et de La Champagne.
Les terres situées entre le château primitif et la limite ouest de la commune de Sainte-Pience, dépendaient soit du château, soit de l'église.
a) Le Premier château
► La fondation du château du Parc remonte à Jean III, évêque d'Avranches de 1060 à 1069, neveu du duc Richard I de Normandie. Le terrain avait déjà été donné aux évêques d'Avranches par Hugues le Loup ou Robert le Magnifique. Jean III entoura de murs et de fossés l'habitation qu'il avait fait construire ainsi que les terres reçues de Baudoin de Moles. Ce fut cette clôture qui fit donner à la maison de campagne des évêques, le nom de Parc, puis celui de Manoir du Parc -l'Evêque. Jean III réunit dans ce parc ces animaux privés (des cerfs en particulier). Bien qu'elle fut fortifiée, ce n'était pas une place forte de grande importance, plutôt une maison de plaisance. Nommé archevêque de Rouen en 1069, Jean III laissa cette propriété à ses successeurs qui en jouirent jusqu'en 1790.

► Références des numéros portés sur le plan ci-dessus
1 : le colombier
2 : le corps de garde
3 : étable
4 & 5 : cave et écurie, surmontées de chambres et greniers
6 & 7 : celliers et salle
8 : offices, cuisines et une chapelle probable
9 : chambre de l'aumônier, fruitier et autre chapelle probable (à une autre époque)
10 : galerie ou péristyle
11 : escalier à pants
A : grande chaussée pavée de grais
B : petite chaussée
C : chaussée menant de la porte d'entrée au bas de l'escalier (11)
D : grande cour
E : cour des cuisines
F : jardin fruitier
► Repères chronologiques
- 1157 : Henri II, roi d'Angleterre et Louis VII, roi de France, réunis à Avranches pour renouveler leur alliance, descendent au château du Parc (Charles Guérin)
- 1419 : Avranches étant prise le 14 juillet 1418, le château du Parc fut attaqué et pris par les Anglais. Ils le perdirent peu après, puis le reprirent, aucun des deux partis n'étant assez fort pour conserver sa conquête.
- 1423 : l'effectif de la garnison anglaise du "Parc de L'Evêque" était de 13 hommes (neuf à cheval et quatre à pied) et 39 archers (Chronique du Mont Saint Michel par Siméon Luce p.154)
- 1425 : les Anglais sont repoussés jusqu'au Parc par des troupes bretonnes qui se heurtent à trop grand nombre et subissent l'échec.
b) Le deuxième château
- 1495 : la reconstruction. Quand les français reprirent la place après l'évacuation anglaise, elle était fort endommagée. L'évêque Louis de Bourbon la fit entièrement reconstruire et fortifier de nouveau. La nouvelle construction semblait dépasser l'ancienne en beauté :
- "Arcem in castro de Parco mangificentissime a fudementis et erexit" (Robert Cenalis Act. St Eccl. Abric p.478).
- "Un beau château construit par Louis de Bourbon" (François Desrues, Descript. de la France).
- "Le château du Parc clos de murs, d'avenue, d'étangs, et en état de demeure, dans lequel il y a une chapelle" (Pigeon p.167).

La chapelle du château est dédiée à St Jean.
► Repères chronologiques et réparations diverses
Pendant la période qui sépare la Guerre de Cent ans et les guerres de religion, la garde du château est confiée aux paroissiens de Sainte-Pience, Plomb et Braffais.
- 1590 : le château fut dévasté par les Huguenots qui s'y établirent pendant quelques temps.
- 1652 : après les dommages causés par les guerres de religion, le château nécessitait d'importantes réparations. Mgr Gabriel de Boislève, évêque d'Avranches, ne voulut pas s'en charger et trouva plus simple de détruire les fortifications. Il resta encore les murs d'enceinte, le gros pavillon d'entrée avec pont-levis et quelques bâtiments près des douves.
- 1754 : sous l'épiscopat de Mgr Durand de Missy, furent faites de considérables réparations ; un pont de pierre remplaça le pont levis. Le plan approuvé par le roi lui-même, obligea le prélat à vendre une grande partie du bois et trois fermes.

c) Le troisième château
► Construction
Le manoir construit par Louis de Bourbon dans ce vallon sombre et humide ne convenait plus aux convenances d'un 18ème siècle "confortable". En 1768, Mgr de Malide obtint la permission d'abattre le château du Parc et d'en bâtir un autre près du bois.
On ne sait si les réparations commencées par Mgr de Missy avaient été achevées ; toutefois, l'ancien château ne fut pas abattu puisqu'il devait servir de garnison aux républicains pendant la révolution.
Les registres de 1769 portent :
"En cette année, on a bâti le nouveau château du Parc, et ensemencé le jardin en herbe. Les maçons, charpentiers et autres ouvriers y ont travaillé jusqu'à Noël". Ce nouveau château était situé en élévation à l'ouest de la route reliant Avranches à Villedieu. Ce n'était plus une forteresse, mais une demeure agréable, de construction régulière et d'où l'on pouvait voir le pays d'Avranches et la baie du Mont Saint Michel. Mgr de Belboeuf le fit achever et embellir, mais les circonstances ne lui permirent pas d'en jouir longtemps !

► La vente nationale
En 1790, alors que le château est déclaré propriété nationale, le district d'Avranches dresse, sur ordre du Directoire, un état des biens dépendants de la seigneurie du Parc. Un an plus tard, une partie du domaine fut acheté par Mgr Doynel de Quincey (à savoir le château neuf, la grande ferme du Parc, les étangs...) et ce, pour 30 000 livres. A la même époque, ce qui restait de l'ancien château fut acquis par Mr Lottin de Lair, et les moulins de Sainte-Pience, du Parc et de Plomb, par le sieur Restout (pour 7 700 livres).

Le chêne pédonculé visible dans les bois du Parc
► Les chouans au Parc
Le château fut utilisé pendant la révolution comme place forte et une garnison y fut installée. Mr Desfeux, notaire retraité à Brécey, raconte une attaque des Chouans contre Le Parc dans son article sur la Révolution (Anecdotes, souvenirs, etc... sur la première Révolution". Extrait de l'annuaire du département de la Manche, 1889).
Extraits de l'article de Mr Desfeux.
Les premiers chouans firent leur apparition fin 1793 et début 1794. Ils se faisaient appeler "les Chasseurs du Roi", mais n'étaient que des bandes de brigands, voleurs, assassins. Ils incendiaient, volaient, violaient et massacraient, au nom du roi Louis XVIII et de la religion. Attaquant le château du Parc ces cinquante républicains, les "Chouans" comptaient sur une victoire aisée, mais trouvèrent les "bleus" barricadés dans le château et à l'abri des balles derrière les murs d'enceinte des cours et des jardins (ceux-ci étant garnis, comme ceux du château, de meurtrières d'où on tirait à couvert). N'osant s'approcher trop, ni tenter un assaut, ils se contentèrent de tirer de loin, à l'abri des haies et des fossés. Lorsqu'ils s'aperçurent, par le ralentissement du feu, que les "Chouans" avaient épuisé leurs munitions, les "bleus" firent une sortie qui effraya les Chouans et les mit en déroute. Cependant, craignant que cette fuite précipitée ne cachât une ruse faite à dessein de les attirer assez loin pour les encercler, ces mêmes bleus rentrèrent au château, en bon ordre et chantant victoire, laissant quelques blessés chez les "Chouans" ; pas un soldat dans les deux camps ne perdit la vie dans ce combat.
► Depuis la Révolution
Réservé comme propriété de l'Etat, le bois du Parc fut vendu aux enchères publiques en 1819 par le sous-préfet d'Avranches, au nom de la Caisse d'amortissement (Loi du 13 mars 1817) M. Victor Busnel, acquéreur pour 85 619 francs, se vit adjuger la même année le château neuf et l'embellit. l'an 1841 voit la construction d'une chapelle sur le bord du grand étang par Mr Lottin de la Bochonnière, autorisée pour lui seul et ceux de sa maison (Ordonnance du ministre des cultes, datée du 30 novembre 1841).
Le nouveau château devint ensuite propriété de Mr Lecampion, armateur de Granville, puis de Mr Jonquier en 1861, qui acquit également le manoir élevé sur l'emplacement de l'ancien château. La famille Plaut acheta le tout à la fin du XIXème siècle. La famille Plaut est encore propriétaire du "nouveau château, de ses dépendances et des bois proches". Quand au "Vieux Logis", ancienne place de la maison de campagne de l'évêque Jean III, il appartient, ainsi que l'étang, à Mr Jouaudin Raymond.

LA CHAPELLE DE LA RIMBERDIERE ET L'ACTUEL CALVAIRE, LA DURETIERE, LA GRANGE AUX DIMES
► La Rimberdière
Ce village est resté l'un des plus importants de la commune. Nous y trouvons de nos jours une petite vingtaine de maisons habitées. Il se situe sur la route de l'ancienne mairie de Sainte-Pience. Ce village avait aussi sa chapelle. Son existence en a été rappelée par un titre de la fabrique. Elle était détruite avant la Révolution et il n'en reste aucune trace.
Si la chapelle est disparue, nous trouvons au carrefour de la Rimberdière et de l'Airie, un calvaire (voir photo ci-dessus).
Avec la date de 1659, l'inscription porte "Guillaume Dufour, prêtre de la crois de la Rilerdière", ce qui semble dire qu'il vivait à cet endroit, ou qu'il y serait mort et avait peut-être le revenu de la chapelle de ce lieu.
Ce calvaire est interessant de par sa position au beau milieu du carrefour de la route de Sainte-Pience à Bourguenolles et du village Les Rochettes à l'Airie. Ses quatre angles du piédestal sont ornés d'un genre de coquilles Saint-Jacques, et trois motifs ornent les côtés d'une façon différente.
► Historique du mot :
Raimberdière peut venir du nom de la famille Raimbert - Raim (en vieux français signifie, branche, rame, ... mais aussi carrefour, embranchement de routes...)
► la Duretière,
On peut admirer un très remarquable manoir de date indéterminée, mais qui pourrait remonter au XVème siècle. La face Nord comporte une très belle porte en "plein cintre double" similaire à celle de la grange de La Maison Neuve. (Extrait de la soirée des vieilles demeures organisée par la Société d'Archéologie le mercredi 7 juillet 1999 à Sainte-Pience).
Longtemps partagé en deux propriétés, il est de nouveau réuni depuis quelques années. Le bâtiment est construit dans un appareillage extrêmement soigné, et avec des angles en granit impeccablement mis en place. La partie Est comporte un rez-de-chaussée, une cave voûtée, et à l'étage, desservi par un escalier en colimaçon, de fort belle tenue, une pièce unique avec une superbe cheminée, dont les pieds droits sont faits de deux colonnes géminées : elle disparait malheureusement sous un habillage fâcheux. Le manoir est encore équipé de ses deux bretèches, l'une sur le pignon Ouest, l'autre sur la face Nord de la partie Est (les bretèches pouvaient être soient défensives, soit hygiéniques...!). (Recherches de Georges Pichard de Sainte-Pience)
► La Grange aux Dîmes
La commune de Sainte-Pience possède un riche patrimoine bâti et cela n'étonnera personne quand on sait la composition du sol : "sept carrières en granit étaient encore exploitées au début du XXème siècle.
Plusieurs habitants de Sainte-Pience en ont connu encore en activité, voilà une soixantaine d'années.
En 1974, Jacqueline et Maurice Ménard ont acquis le domaine de La Hallerie; "A l'origine la Halle du curé, où se trouvait la grange aux dîmes. Cette grange porte l'inscription : "Gabriel Boessel-Duvivier. L'an onze de la République". Son pignon sud présente une ouverture à chacun des deux étages "le premier plancher recevait la paille et le foin, et le second, juste sous la pointe du toit, le grain". Un magnifique escalier extérieur et un système de verrouillage des ouvertures des fenêtres (une grande barre de bois qui sort du mur par un trou taillé dans la pierre de granit d'un côté de l'ouverture pour traverser porte et fenêtre de part en part et se loger, plaqué contre l'élément de fermeture, dans le mur en face", font de ce lieu un très bel élément du patrimoine ancien.